Karatéka et kobudoka depuis plus de quarante ans, je suis l’héritier d’une transmission directe, reçue pendant trente-cinq ans auprès du maître Kenyu Chinen. Le Bujinkai est l’aboutissement de ce parcours : un dojo où l’art martial traditionnel d’Okinawa se transmet dans sa forme la plus authentique.
Quarante ans sur la voie des arts martiaux d’Okinawa
C’est au début des années 1980 que je découvre les arts martiaux traditionnels d’Okinawa. À une époque où le karaté sportif gagnait du terrain, je m’oriente résolument vers les écoles classiques — les koryu — et plus particulièrement vers le Karaté Shorin-Ryu, style ancestral né à Shuri, dans les faubourgs de Naha. Ce qui m’attire, c’est l’authenticité : un art martial pensé non comme un sport de compétition, mais comme un système complet de développement physique, technique et mental.
Le Shorin-Ryu de Shuri — Shuri-te dans sa forme historique — est cette discipline : exigeante, épurée, profondément enracinée dans la culture guerrière d’Okinawa. Ses kata, transmis de génération en génération depuis des siècles, constituent un véritable corpus technique que l’on passe sa vie entière à déchiffrer.
Trente-cinq ans de formation directe auprès du maître Kenyu Chinen
La rencontre avec le maître Kenyu Chinen est fondatrice. Pendant trente-cinq ans, je suis son élève direct : séminaires réguliers, travail sous sa supervision, transmission non seulement des techniques mais de l’esprit même de la voie okinawaïenne. Maître Chinen est l’une des figures majeures du Shorin-Ryu et du Kobudo Matayoshi en dehors d’Okinawa — un pont vivant entre les grandes lignées historiques et la pratique contemporaine.
C’est sous sa direction que j’approfondis également le Kobudo Matayoshi — l’art des armes traditionnelles d’Okinawa transmis par les maîtres Matayoshi Shinko puis Matayoshi Shinpo. Bō, nunchaku, sai, tunfa : chaque arme est un langage à part entière, un prolongement du corps qui exige des années de travail patient avant d’en saisir la subtilité. Pour comprendre cette lignée dans son contexte historique, la page Kobudo en retrace le fil depuis le xixe siècle.
Former les générations suivantes
Parallèlement à ma formation, j’enseigne. Depuis les années 1990, j’ai accompagné plusieurs générations d’élèves, dont de nombreuses ceintures noires aujourd’hui actifs dans les arts martiaux traditionnels. En 2015, je franchis une étape décisive en faisant de l’enseignement ma vocation principale — devenant instructeur professionnel à temps plein.
Cette décision confirme une conviction : l’art martial traditionnel mérite un cadre rigoureux, structuré, cohérent. Pas de mélange des genres, pas de compromis sur les fondamentaux. Chaque cours, chaque kata, chaque kihon doit pouvoir se rattacher à une source identifiable — une lignée vérifiable, une transmission vivante.
2024 : la naissance du Bujinkai
En 2024, je prends la décision de poursuivre cette transmission de manière indépendante, dans le respect absolu de ce que j’ai reçu. Le Bujinkai est né de cette volonté : créer un espace où le karaté Shorin-Ryu et le kobudo Matayoshi sont enseignés dans leur intégrité, loin des logiques qui éloignent trop souvent la pratique de ses racines.
Le nom « Bujinkai » (武仁会) porte en lui cette intention : bu (武), les arts martiaux ; jin (仁), la bienveillance — cette qualité du cœur qui distingue le combattant de l’homme de budo — et kai (会), le rassemblement, la communauté. Un dojo n’est pas un lieu de performance : c’est un espace de travail partagé, de progression honnête, de transmission vivante. Vous pouvez lire les réflexions qui nourrissent cette vision dans Les Carnets du Bujinkai.
Ma démarche s’inscrit dans la progression du Shu-Ha-Ri — ces trois phases qui structurent l’apprentissage dans les arts martiaux traditionnels. Après des années de Shu (守, suivre scrupuleusement la forme transmise), puis de Ha (破, approfondir au-delà de la forme stricte), je me retrouve aujourd’hui dans la phase Ri (離) : non pas une rupture avec ce que j’ai reçu, mais une synthèse nourrie de mes propres recherches sur les principes et les concepts qui gouvernent les arts martiaux d’Okinawa. C’est à partir de cette compréhension intime — et malgré moi, pourrait-on dire — que j’ai développé ma propre expression de ces arts.
« Le Ri n’est pas une trahison du maître — c’est la preuve que son enseignement a été assimilé au point de devenir vôtre. Ce que je transmets aujourd’hui est nourri de trente-cinq ans de formation directe, mais il est surtout le fruit de ma propre recherche des principes et des concepts qui régissent les arts martiaux d’Okinawa. »
Thierry Michel, fondateur du Bujinkai
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